26.10.2009

14° épisode: difficile

Voilà donc, en entier, ce texte difficile, qui s'appelle pour l'instant OUM... à l'état brut, sans découpage, avec simplement en italiques la partie où la petite fille rêve:

Lorsque je me suis réveillée, ma maison était morte.

Les maisons meurent, Oum me l’a dit :

« Quand elles sont trop vieilles, quand les gens les abandonnent : elles se changent en simples tas de pierres. Elles ont honte de ne plus servir à rien ».

Pas la mienne, non, elle venait de naître.

Mon père avait à peine fini d’y mettre un toit.

Il y avait une ville. Ma ville.

Est-ce la tempête qui a soufflé ?

La foudre qui a frappé ?

La terre qui a tremblé ?

Je me souviens.

Des hommes sont venus, ils ont traversé le fleuve.

Avec eux, il y avait la tempête, la foudre.

Et ce qui fait la trembler la terre.

Où sont mes frères ? Et mon père ?

Partis de l’autre côté du fleuve pour se venger ?

Et Oum, pourquoi n’est-elle pas là ?

A-t-elle cru que j’étais endormie pour toujours sous les pierres de notre maison ?

Elle aurait dû sentir que j’étais encore vivante. Le sentir dans son cœur, dans son sang.

À moins que…

Il y a un châle rouge là-bas, comme celui que Oum aime porter.

J’ai soudain très peur de ce que cachent les murs écroulés.

Ce n’est pas le châle de ma mère.

Il n’a pas son odeur, il ne sent que la poussière.

Je suis seule et j’ai peur.

Une nuit, j’ai fait un cauchemar. Oum m’a dit, en me prenant dans ses bras :

« Dans toutes les langues du monde, sais-tu quel est le mot le plus doux ? C’est celui que les enfants prononcent pour appeler leur mère. »

Je crie son nom de toutes mes forces.

Oum ! Oum ! Oum !

Tout est gris, un gris de cendre.

Sauf une tâche de couleur.

Une fleur.

Je cours, je veux la respirer. Je la protégerai.

Ce n’est qu’une balle. Une de celles qui ont des bandes de couleurs comme des pétales : du jaune, du bleu, du jaune, du bleu, du jaune…

Une balle. Pour jouer.

Une balle. Pas pour tuer.

J’ai donné un coup de pied. la balle est montée droit dans le ciel.

Les couleurs se sont mises à tourbillonner.

« Ce sont celles qui se ressemblent le moins qui se mélangent le mieux. » : les mots de Oum résonnent encore à mon oreille.

Du bleu, du jaune, pour donner vie à du vert.

La balle verte tourne comme une planète.

Elle retombe un peu plus loin, et je ne suis plus seule.

Quatre petits chats ont poussé entre les ruines.

Il y a un instant, ils jouaient encore.

À présent, ils font le gros dos, ils soufflent, ils hérissent leur poil.

Pour une simple balle. UNE balle pour TOUS.

Un coup de griffe et elle sera crevée, personne ne jouera plus.

Quand les hommes auront fini de se battre, il ne restera plus une seule maison vivante.

Ici comme là-bas, de l’autre côté du fleuve.

La mère des chatons les a séparés : un petit coup de patte sur le nez pour leur faire la leçon.

Maintenant, elle leur donne le signal du départ.

Je voudrais lui dire de m’emmener.

Mais, je ne sais pas la langue des chats, et j’ai envie de pleurer.

Je ferme les yeux, et je murmure :

« Oum-chat, adopte-moi. »

Elle va comprendre. Je le sais.

Les chattes peuvent tout comprendre.

Les mères aussi.

Petite, je suis redevenue si petite.

Et Oum-chat est si forte.

Les bras autour du cou d’une panthère.

Qui oserait venir me faire du mal ?

Cache-cache sous le châle.

Il y fait doux, il y fait chaud.

Dessus-dessous.

Une tente, et le froid du désert reste dehors.

Entre les pattes de Oum-chat.

Son poil est doux

Je m’appuie contre son ventre

C’est une maison qui respire.

Il faut chasser au loin la poussière.

C’est l’heure de la toilette.

Langue fraîche et râpeuse.

Comme un gant qui me réveille tout à fait…

OUM !

Depuis combien de temps est-elle penchée sur moi.

Son regard vert est le même que celui de Oum-Chat.

Il rassure. Il caresse.

Les mères n’ont pas besoin des mots, leurs yeux suffisent.

Oum me prend doucement dans ses bras.

Comme elle le ferait avec un tout petit bébé.

J’ai l’impression de naître

Une seconde fois.

Nous suivons un chemin qui monte tout droit.

Il nous conduit loin des ruines de la ville, très loin des maisons mortes.

Là où nous allons, le ciel est bleu.

Le sable du chemin est jaune.

Les collines couvertes d’arbres sont vertes.

Du bleu, du jaune. Et du vert.

Le monde s’est enfin remis à tourner.

tout reproduction ou utilisation interdite

 

15° épisode: ébranlements

Un texte, donc, mais aussi un chemin de fer pour les illustrations, quelques éléments pour les planches illustrées, une note d'explication. Voilà donc tout ce que nous avons fait parvenir à quelques éditeurs. Des semaines, des mois... silence radio en dehors d'un refus dont j'ai parlé précédemment.

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L'envie de tout laisser tomber.

Parfois, je dois subir la mauvais humeur de quelque aspirant auteur ou illustrateur quand je signe mes livres sur un salon. Pour certains qui voudraient débuter et qui s'estiment injustement ignorés, tout auteur qui a été publié est un nanti, fait partie d'une caste privilégiée. Ce qui sous-entend le plus souvent dans l'esprit de l'agressif "auteur ou illustrateur refusé"que celui qui se tient devant lui a usé et abusé de copinage, piston, voire de quelques pires turpitudes pour y arriver... je laisse imaginer lesquelles! Eh bien! qu'ils lisent ces lignes ces irrités qui se trompent de cible! Voilà, un bon exemple de ma situation d'ultra nanti : malgré trois livres publiés chez un certain éditeur (et ils n'ont pas trop mal marché: des traductions en espagnol, catalan, coréen, et probablement une nouvelle en arabe)... je n'ai pas reçu la moindre réponse de celui-ci sur notre projet. Pas un mot, rien, nothing, nada, niente!

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L'envie de laisser tomber ce projet... ou de prendre son destin entre nos propres mains.

Quelque chose va nous nous décider Françoise et moi à choisir la deuxième solution : la terre a tremblé au Pakistan ce 8 octobre 2005.. et à nouveau le souvenir d'enfants errants , comme au Liban, entre les maisons mortes est venu nous hanter.

Et les images de cette catastrophe que nous lancent à la figure les journaux de la presse indienne entrent si étrangement en résonnance avec mon texte...

Françoise découpe aussitôt des articles, quelques extraits, une tache de couleur rouge, et quelques-uns de mes mots et voilà ce que ça donne:

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Nous donnerons vie à ce texte et aux images de Françoise, nous leurs donnerons vie contre tous s'il le faut. Parce que c'est cela le vrai sens de notre travail d'artistes!


16° épisode: changement complet de cap

Puisque nous sommes désormais libres, pour cause de nonintérêt absolu, autant sur le plan technique faire nos propres choix, et pourquoi ne pas se lancer alors dans une impression qui n'aura rien d'habituel : la sérigraphie ? Nous avons déjà expérimenté ce processus en Inde pour la publication de l'Amour hérisson de Thierry Lenain.i1-etape-linogravure.jpg

Grande discussion : remise en question totale du choix d'une technique. Abandon des pastels qui atténuent trop l'impact des images qui doivent accompagner ce texte. De plus avec la sérigraphie, on travaille par à-plats de couleurs et non en mélange comme pour la quadrichromie. Cela nous convient, parce que nous voulons que les images puissent avoir la force d'un cri !

On pense aux affiches, aux dazibao, aux pochoirs sur les murs d'une ville que la terre ou la folie des hommes a fait trembler : le choix devient évident, il faut utiliser la gravure. Françoise, qui est aussi sculpteur, en a une grande expérience, elle sait graver sur bois, métal et lino. C'est ce dernier matériau qui nous semble le mieux répondre à nos attentes, il permet des dépouilles très tranchées, nettes, qui « claquent » sur la feuille de papier.i2-etale-tirage.jpg

Françoise revoit entièrement tout son travail : si la qualité du trait change, ce sont aussi les formes qui doivent le faire, mais aussi la mise en page. Enorme travail également, car les images se réalisent en creux sur la lino. Premiers tirages... cette fois ça y est, c'est ça!

Des heures, des journées à travailler avec des techniques qui sont aujourd'hui abandonnées, pas facile à accepter! Je sais, changer un mot dans une phrase peut paraître plus aisé comparé à un tel travail... J'ai décidé de changer Oum, qui veut dire mère en arabe en Ammi qui a le même sens en ourdou, la langue que l'on parle au Pakistan, au Cachemire, et dans le nord de l'Inde. Voilà donc Ammi, ami...

 

17° épisode : tirages manifestes !

Désormais, Françoise voit ses images d'une façon plus graphique, plus « manifesto » comme disent les Italiens, la référence aux affiches militantes qu'on colle sur les murs n'est pas pour me déplaire.

Le chemin de fer est donc entièrement revu.

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Le rapport texte/images est également entièrement repensé, il s'inscrit un peu plus dans la ligne du roman graphique.

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Les premiers tirages des linogravures (sans mise en couleurs encore) nous paraissent convaincants, c'était bien cette force-là que nous cherchions pour les images, ainsi qu'une narration très éclatée... presque BD.
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18° épisode : que de travail pour un seul mouvement!

Le travail du style est aussi important dans l'écriture qu'en illustration. Un vrai labeur qui tient à la fois de l'alchimie et du travail artisanal, car il faut créer une "forme vivante" que ce soit par le mot ou par le trait.

Démonstration sur cette séquence de texte:

Il y a un châle rouge là-bas, comme celui qu'Ammi portait. J'ai soudain peur de ce que cachent les murs écroulés.Ce n'est pas le châle d'Ammi. Il n'a pas son odeur, il ne sent que la poussière.

L'important est que l'image dise autre chose que ce que dit le texte: l'instant où la petite fille va décrocher ce châle, l'instant terrible où elle redoute qu'il ne soit celui de sa mère. C'est ce mouvement précis (motion tout autant qu'émotion) qu'il faut traduire par l'image, sans pathos surtout.  Parce qu'un tel sujet ne peut supporter pas le sentimentalisme, la larme à l'oeil: le voyeurisme. Qu'elle est donc l'attitude "juste" que pourrait avoir la petite fille?

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La position ne convient pas: ne pas escalader pour décrocher le châle. Une autre proposition voit le jour:
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Cela nous satisfait. Question suivante: l'étoffe du costume, comment la rendre?
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Et le mouvement du tissu? Nous suspendons un fichu à une poutre de l'atelier de Françoise, et je manie le sèche-cheveux en me prenant pour Eole.
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Et le résultat avec un premier essai de mise en couleurs (nous n'en utiliserons que 5 ou 6 au maximum à cause de la technique d'impression en sérigraphie.
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19° épisode : le monde est petit !

C'est donc décidé notre album sera fabriqué, imprimé, relié en Inde. Françoise met tous ses originaux dans sa valise de cabine (heureusement que le format le permet). Pas question de les trimbaler dans une valise enregistrée... qui risquerait de ne pas arriver. Ensuite : trois heures de voiture jusqu'à l'aéroport de Nice, deux heures de vol pour Frankfurt, 8 heures encore pour Bangalore et à nouveau 7 heures brinquebalantes sur de mauvaises routes jusqu'à Pondichéry car c'est là que tout va se faire. L'Inde est un pays graphique par nature...

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Et une simple exposition d'artistes dans la rue attire une foule considérable.

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Et puis là-bas, quand vous parlez d'un projet, tout le monde ne cherche pas à prouver qu'il est infaisable comme c'est trop souvent le cas en France. Mais la raison de ce choix est ailleurs. On la doit au merveilleux hasard des rencontres ! En 2003, Françoise et moi avons été invités par Juliette Maes (présidente de l'association Lire en Calédonie) et Liliane Tauru, alors bibliothécaire au Centre Culturel Jean-Marie Tjibaou. Nous avons animé là-bas des stages sur l'album qui ont porté leurs fruits auprès d'auteurs Kanaks, notamment avec Denis Pourawa et Réséda Ponga. Nous avons sympathisé également avec Laurence Viallard, éditrice de Grain de Sable, une maison d'édition basée sur le Caillou (surnom donné à la Nouvelle Calédonie pour les uns... la Kanaky pour les autres).

PC240015.jpgPlus tard, quand nous avons décidé de louer durant quelques hivers une maison à Pondichéry, nous y avons retrouvé Laurence qui a choisi d'y vivre à plein temps. Oui, le monde est petit ! Laurence fait désormais ses livres là-bas, et elle nous a proposé de nous donner un coup de main pour faire les nôtres. Le premier a été l'Amour hérisson, un texte de Thierry Lenain, illustré par Françoise (aujourd'hui c'est un véritable collector!)... le second sera AMMI !

 

20° épisode : tendre la main à l’enfant que j’étais...

Durant le long trajet qui nous mène à Pondichéry, j'ai tout le loisir de repenser à ce qui nous y conduit. L'obligation de casser notre tirelire pour faire naître une histoire pour enfants, un texte, des images, qui nous paraissent importants, essentiels. Quelque chose de vital, pour Françoise et moi, peut-on même dire. Il m'est revenu alors à l'esprit une de ces questions que les enfants que je rencontre dans les classes ou sur les salons savent poser avec pertinence : Pourquoi écrire pour les enfants ?

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Objectivement, j'aurais toutes les raisons du monde de ne pas le faire. Quand mes éditeurs m'octroient 10% de droits d'auteur sur mes livres destinés aux adultes... je n'en touche plus que la moitié dès lors que je publie pour la jeunesse. Une situation qui choqua tant l'auteur algérien Boualem Sensal qu'il me parla de "maltraitance éditoriale" aux sujets des auteurs jeunesse.

Et puis il y a aussi ce genre de situation mille fois répétée :

-Vous êtes auteur ?

-Oui, mais j'écris surtout pour la jeunesse.

-Ah ?!....

Et l'interlocuteur qui croyait avoir affaire à un « vrai » écrivain de tourner les talons au plus vite.

Alors pourquoi continuer à écrire pour la jeunesse ? Parce que les enfants sont formidables, bien plus vrais, sensibles, sérieux et profonds que ne le sont la plupart des adultes, c'est sûr, mais est-ce vraiment la seule et unique raison?

C'est un travail d'étude pour Ammi réalisé par Françoise qui m'a apporté la meilleure des réponses, la plus sincère et vraie. Françoise fait souvent des photos pour étudier des mouvements, des positions, des attitude, des mises en situation. Elle se sert d'elle-même comme modèle.

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Pour une page d'Ammi voilà la petite Françoise qui tend la main à la grande.

Oui, c'est ça! On écrit et on illustre pour la jeunesse...

parce que c'est tendre la main à l'enfant qu'on a été.

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21° épisode: éléments pratiques

Crée un album, c'est faire une série de choix pratiques : quel format, quelle technique d'impression, quel papier ? Mais aussi que mettre sur les pages de garde, quelle couverture, quel choix de typographie. Et comme le disait un chef d'orchestre: dans le domaine de l'art, c'est dire 99 fois non pour un seul oui!

Nous n'avons pas choisi la facilité ! L'impression en sérigraphie, si elle permet de magnifiques à-plats de couleur, nécessite une conception particulière : chaque couleur correspond au passage d'une couleur d'encre choisie au préalable. Il faut donc penser chaque illustration en fonction de cette particularité.

Pour ce détail de la couverture :

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Il va falloir décomposer ainsi cette image : cette forme pour le passage de la couleur noire :

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Celle-ci pour le passage de l'encre verte :
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Celle-ci pour le passage de l'encre jaune :

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On le voit, ce n'est pas un mince travail !!!!

22° épisode : pages de garde

Parmi les choix qui nous incombent puisque pour une fois (et pour cause!) nous sommes totalement maître d'oeuvre de notre album : les pages de garde.

C'est un choix qui est le plus souvent fait par l'éditeur, plus rarement par l'illustrateur, jamais ou presque avec l'avis de l'auteur. Comme si la proximité de la couverture, pièce dont la prérogative est ô combien strictement éditoriale, avait un effet de contagion sur les pages de garde.

Si la couverture est en quelque sorte l'affiche du spectacle que constitue l'album, les pages de garde en sont le rideau de scène. À ne pas négliger donc.

Nous avons choisi deux bandes de couleurs, le mauve et le terre de sienne qui reviendront en leitmotiv dans les images de l'album. Elles traversent la double page de garde, comme une ligne de faille, une brisure. C'est une déchirure symbolique, celle qui sépare l'enfant de sa mère, comme le découvrira plus tard le lecteur.

La première proposition était la suivante.

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Nous l'avons abandonnée, car l'impression en sérigraphie (elle se fera manuellement) peut manquer de régularité et donc l'à-plat d'encre sur une grande surface risque d'être trop irrégulier.

Donc Françoise élabore une nouvelle proposition.

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Le résultat final sur la double page ressemblera à peu près à celui-ci:

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23° épisode: tout à la main!

Un autre choix difficile. La question s'est posée: quelle police utiliser pour le texte? Puis, la question est vite devenue: faut-il vraiment utiliser une police existante pour le texte? La réponse est apparue clairement: NON!

Non, parce que nous voulons cet album différent, unique, atypique.

Non, parce que le texte donne à entendre la voix intérieure d'une fillette. C'est une sorte de journal intime. Donc, le texte se devait d'être manuscrit pour se conjuguer au mieux avec l'image.

Choix difficile, en effet, car énorme travail: Françoise a dû écrire toute les pages. Jean-Denis (qui s'occupe des scans et de l'impression de notre album à Pondichéry) a dû ensuite les scanner une à une, séparément des images. Et là, nouvelle difficulté: le lettrage est converti en pixel (de type bitmap par exemple: un format point par point pour restituer l'image de la lettre) alros qu'une police est, elle, en format vectoriel (c'est à dire que chaque courbe est en vérité lissée par un calcul mathématique). Résultat des courses: avec les pixels... des tas d'imperfection apparaissent sur les lettres. Et Jean-Denis a dû nettoyer chaque lettre!

Le texte manuscrit par Françoise se présente ainsi:

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et quand le texte se marie à l'image cela donnera à peu près ceci (ce n'est là encore qu'une planche d'étude):
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24° épisode: un monde en couleurs

Dans notre album, les couleurs tiennent une place importante, parce qu'elles y ont un sens.

Le texte se termine d'ailleurs ainsi:

Là où nous allons, le ciel est bleu.

Le sable du chemin est jaune.

Les collines sont couvertes d'arbres.

Du bleu, du jaune.

Et du vert.

Le monde s'est enfin remis à tourner.

 

L'esquisse proposée par Françoise a été celle-ci:

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Il nous faut donc choisir les couleurs avec un soin extrême. En impression sérigraphique, l'encre est appliquée telle quelle sur le papier. On ne peut d'un simple clic la modifier comme sur une machine offset numérisée. De plus, la couleur de l'encre change en fonction du papier. Il faut donc faire des essais avec le papier choisi qui a été spécialement fabriqué hand-made à Pondichéry.
Didier, notre partenaire, qui s'occupe plus spécialement de l'impression, nous a promis de faire plusieurs tirages avec les couleurs qui lui semblent les plus proches de celles que Françoise a choisies.

Nous les attendons avec impatience. Ce sera la suite de notre grand feuilleton!

25° épisode: tirages couleurs

Grand jour! Didier et Jean-Denis ont réalisé des tirages sérigraphie d'une des planche de notre futur album afin que nous puissions choisir les couleurs d'encre. Il y en aura entre 3 et 6 différentes par pages, noir inclus. Les encres ne se superponsent pas (normalement), donc pas de mélange, donc choix de la bonne couleur pour chaque passage.

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Il nous faut tout d'abord choisir entre deux rouges: c'est la couleur du châle d'Ammi.

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C'est le second que nous choisissons: plus franc, plus sang, plus fort. Il faut ensuite choisir les deux couleurs quioccuperont les pages où la petite fille rêve: pour le bleu, nous n'avons aucune hésitation, nous le trouvons tout de suite. Pour le jaune c'est plus délicat, nous hésitons entre trois nuances différentes:
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C'est finalement la nuance intermédiaire qui nou satisfait le mieux. Nous reste à choisir un vert, là aussi, aucune hésitation, ce sera celui-ci:
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26° épisode : pour tirer la couverture... à soi

La couverture: c'est la bande annonce de l'album. Son importance est capitale. C'est pourquoi le plus souvent, l'éditeur, qui n'a aucune confiance dans l'auteur et/ou l'illustrateur en ce domaine sensible (celui du commerce), s'en réserve la conception avec ou sans la présence d'un directeur artistique... le graphiste et l'illustrateur se limitant surtout à un rôle d'exécutant. D'où, et j'en ai fait hélas plus d'une fois l'amère expérience : au moins une fois sur deux des couvertures totalement ratées (sur le plan du sens, de l'image mais aussi de l'efficacité commerciale).

Les raisons ? La première : c'est souvent le manque de temps, ou plus tôt la hâte avec laquelle se finalise un bouquin alors qu'il peut être dans les cartons de la maison d'édition depuis plus d'un an. Mais tout se fait  dans la précipitation des derniers moments, parce qu'il faut boucler un calendrier en retard... Et surtout parce qu'on édite dix fois plus de livres qu'il a dix ans... mais avec des équipes éditoriales bien plus réduites qu'il y a dix ans ! La deuxième, c'est que généralement les graphistes et les directeurs artistiques... sont des gens d'images qui n'aiment pas lire ! Il faut aller lire quelques articles comme celui-ci Savoir lire entre les lignes sur le site de François Ruy Vidal pour mieux comprendre le problème.

En voici un magnifique exemple. Pour mon roman Une si rouge poussière, j'avais réussi à imposer le projet de Françoise pour la couverture de ce roman co-édité par Amnesty International. Il s'agit d'une histoire d'amitié brisé non pas par la guerre, mais par les rumeurs de guerre et les suspicions qu'elles peuvent engendrer chez deux garçons qui appartiennent à des communautés religieuses différentes.

Le projet (Françoise et moi en avons longuement parlé) était celui-ci:  on voyait les deux garçons, courant vers l'école, que séparait soudain une déchirure rouge. Une faille dans leur amitié autant que dans le paysage qu'ils parcourent. Dans un coin de la quatrième de couverture : un camion militaire, petit et lointain, parce que ce n'est qu'une menace dans ce roman, une crainte, et jamais vraiment une réalité.

première esquisse

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travail sur les personnages en papier découpé

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mise en place de la couv (côté droit de l'image) et 4° de couv (côté gauche)

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Quelle n'a pas été notre mauvaise surprise (celle de Françoise et la mienne) à la sortie du livre quand nous avons découvert le « bidouillage » infligé à cette belle idée. 1° hypothèse : l'éditeur ou le directeur artistique, je ne sais... n'a visiblement rien compris au texte pour commettre un contresens pareil. 2° hypothèse : il s'agissait, pour le ou les mêmes, d'affirmer avant tout ses prérogatives, un « la couv, c'est moi qui décide! »... quel qu'en soit le résultat... RP-couv.jpg

RP-4-couv.jpgEh bien! Pour Ammi... au moins, si la couv est ratée... on ne pourra s'en prendre qu'à nous-mêmes!

Suite au prochain numéro... faut qu'on réfléchisse !

27° épisode : la couv, enfin!

Cette fois c'est décidé, la couverture (1° et 4°) est enfin choisie à partir de la première esquisse de Françoise.

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Une première maquette est réalisée par Laurence Viallard, avec un ajout de couleur dans le cadre de la petite fille, c'est le vert qu'on retrouvera sur l'image finale pleine d'espoir, celle où l'on voit que le monde se remet à tourner.
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Certains détails ne nous satisfont pas tout à fait (lettrages à corriger par exemple), il manque aussi la tranche.
Voici donc la 2° proposition... ce sera la définitive!
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29° épisode: la longue attente

Nous avons quitté Pondichéry, tous les choix ont été effectués. Le travail est à présent entre les mains de Jean-Denis, Didier et Laurence pour la réalisation des scans, l'impression en sérigraphie, la réalisation de la couverture et le façonnage. Une fois achevé tout cela, l'album sera conditionné sous blister puis viendra le colisage (très important pour le transport) et l'expédition par bateau (espérons que le nôtre sera épargnés par les pirates!).

Comme nous sommes en Inde, qui pourra prédire combien tout cela va durer... livraison fin mars... début avril... début mai... fin mai.... C'est le début d'une longue attente qui commence.

Je vais en profiter pour revenir sur ce blog dans les jours qui suivent sur quelques points relatifs au choix que nous avons fait de produire nous-mêmes un album de notre création... sur le choix de l'avoir fait en Inde aussi, tout en vous tenant informés de l'avancement de celui-ci.

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