26.10.2009

La toute première étincelle : une fragile et incertaine lumière.

Il est rare que Françoise confie à quiconque l’un de ses souvenirs d’enfance. Elle me dit qu’elle n’en a guère. Je crois plutôt qu’elle préfère se taire. Quand il lui arrive de m’en raconter un, je suis si étonné, si curieux, que je ne peux m’empêcher de lui poser une foule de questions, de lui faire des remarques, des demandes, dans l’espoir d’en apprendre davantage.
C’est idiot, je le sais. Parce que dès lors le souvenir s’évanouit, se désintègre, se volatilise ; plus rien. le silence.
Peut-être que les souvenirs d’enfance de Françoise sont comme certains rêves : on ouvre un oeil, on les a encore tout chauds et précis en tête, puis on se réveille tout à fait et le rêve est parti sans rien laisser, si ce n’est une étrange impression de manque.

Cette fois-là, j’ai dû être un peu moins idiot que d’habitude : j’ai su ne pas ouvrir la bouche. Et Françoise a raconté.

a0-photo-d'enfance.jpgElle est petite. Toute petite. Au CE 2, tout au plus. Elle est malade, une maladie de quand on est petit, justement. Varicelle, rougeole ? Petite Françoise ne s’en souvient plus. Son frère a deux ans de plus. Il est né garçon, il est né aîné :il est donc l’héritier de la couronne. C’est un jeudi, un jeudi d’avant que ce jour-là ne devienne un mercredi. Un jour où on peut aller au cinéma. Et la maladie de Petite Françoise tombe vraiment mal : il y a un film « sensas » qui passe sur les grands boulevards, un film inratable, incontournable, un film qu’il faut avoir vu dès sa sortie pour épater les copains : Les dix commandements ! Mais Petite Françoise est malade ! Le prince fronce à peine les sourcils... et sa mère cède bien vite : c’est entendu, il verra ce jour Les dix commandements, Petite Françoise peut rester seule pour une fois, et puis c’est une maladie de rien du tout. Et voilà le fils et sa mère aussitôt partis.
Ça dure longtemps, très longtemps Les dix commandements quand on reste toute seule à la maison avec pour compagnie un douloureux sentiment d’abandon et d’injustice et une robe de chambre de laine rouge qui gratte.

Quand Françoise a fait silence, je lui ai dit :
— Tu devrais dessiner cette histoire-là. Je suis sûr qu'il existe mille et mille petites filles qui ont une mère qui regarde diffèremment leur frère.  Elles comprendront ce que tu veux dire.
Françoise n’a dit ni oui ni non. Elle m’a simplement répondu :
— Nous verrons

 

histoire à suivre...

Ecrire un commentaire