11.04.2010

LE FEUILLETON: Mode d'emploi du making off

ammi-visage-petit.jpgDésormais, vous pouvez suivre en 35 épisodes sur ce blog  le cheminement de notre album illustré pour la jeunesse «AMMI», depuis le germe de la première idée jusqu'à l'utime étape.

Nous vous donnons rendez-vous pour les actualités concernant AMMI (agenda, salons, signatures, rencontres, conférences et articles de presse) sur le nouveau blog consacré à ces informations:


http://ammi.hautetfort.com/

(Respect du droit des auteurs: toute reproduction des textes et des illustrations est interdite sans notre autorisation)




01.12.2009

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Notre album en tirage limité n'est pas distribué en librairie pour le moment, nous le diffusons directement via Internet ou bien au cours des différents salons du livre où nous sommes invités.


POUR COMMANDER: imprimez ou recopiez le bon de commande que vous trouverez sur ce blog, envoyez-le nous avec son règlement et le message que vous souhaitez transmettre à la personne de votre choix et nous lui expédions aussitôt un très bel AMMI sous cartonnage spécial livre dès réception de votre courrier.


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26.10.2009

La toute première étincelle : une fragile et incertaine lumière.

Il est rare que Françoise confie à quiconque l’un de ses souvenirs d’enfance. Elle me dit qu’elle n’en a guère. Je crois plutôt qu’elle préfère se taire. Quand il lui arrive de m’en raconter un, je suis si étonné, si curieux, que je ne peux m’empêcher de lui poser une foule de questions, de lui faire des remarques, des demandes, dans l’espoir d’en apprendre davantage.
C’est idiot, je le sais. Parce que dès lors le souvenir s’évanouit, se désintègre, se volatilise ; plus rien. le silence.
Peut-être que les souvenirs d’enfance de Françoise sont comme certains rêves : on ouvre un oeil, on les a encore tout chauds et précis en tête, puis on se réveille tout à fait et le rêve est parti sans rien laisser, si ce n’est une étrange impression de manque.

Cette fois-là, j’ai dû être un peu moins idiot que d’habitude : j’ai su ne pas ouvrir la bouche. Et Françoise a raconté.

a0-photo-d'enfance.jpgElle est petite. Toute petite. Au CE 2, tout au plus. Elle est malade, une maladie de quand on est petit, justement. Varicelle, rougeole ? Petite Françoise ne s’en souvient plus. Son frère a deux ans de plus. Il est né garçon, il est né aîné :il est donc l’héritier de la couronne. C’est un jeudi, un jeudi d’avant que ce jour-là ne devienne un mercredi. Un jour où on peut aller au cinéma. Et la maladie de Petite Françoise tombe vraiment mal : il y a un film « sensas » qui passe sur les grands boulevards, un film inratable, incontournable, un film qu’il faut avoir vu dès sa sortie pour épater les copains : Les dix commandements ! Mais Petite Françoise est malade ! Le prince fronce à peine les sourcils... et sa mère cède bien vite : c’est entendu, il verra ce jour Les dix commandements, Petite Françoise peut rester seule pour une fois, et puis c’est une maladie de rien du tout. Et voilà le fils et sa mère aussitôt partis.
Ça dure longtemps, très longtemps Les dix commandements quand on reste toute seule à la maison avec pour compagnie un douloureux sentiment d’abandon et d’injustice et une robe de chambre de laine rouge qui gratte.

Quand Françoise a fait silence, je lui ai dit :
— Tu devrais dessiner cette histoire-là. Je suis sûr qu'il existe mille et mille petites filles qui ont une mère qui regarde diffèremment leur frère.  Elles comprendront ce que tu veux dire.
Françoise n’a dit ni oui ni non. Elle m’a simplement répondu :
— Nous verrons

 

histoire à suivre...

2° épisode : les mots sur le cœur

Inattendues, les premières images que me montre Françoise quelques semaines plus tard. C’est finalement une autre histoire qu’elles racontent, ou du moins une histoire qui chemine un instant dans son propre souvenir mais pour s’en éloigner au plus vite, et suivre une autre route, une piste imaginaire.

Chonchon est une petite fille boudeuse. Une petite fille qui se sent délaissée par sa mère. Elle se replie sur elle-même, fait la moue, campe dans le refus, et les mots lui restent sur le cœur, sur l’estomac. Elle ne parvient pas à les exprimer, mais ils bouillonnent en elle jusqu’à s’imprimer sur le haut de son habit.

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Chonchon occupe sa solitude comme elle peut : le balcon est son poste d’observation favori, elle y contemple le monde.

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Sur le toit de l’immeuble d’en face, elle remarque le manège d’une chatte qui va et vient avec affairement. Un beau jour Chonchon la voit en compagnie de ses petits chatons : c’est la première fois qu’elle les conduit sur le toit. Chonchon observe avec quelle attention la mère chat s’occupe de ses petits sans en délaisser un seul. Et Chonchon se met à rêver... qu’elle aussi est un chaton, que la chatte d’en face l’a adoptée, et qu’elle peut s’accrocher à son cou, la serrer très fort, et ne plus craindre le monde.

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Voilà, c’est tout pour l’instant. Ce ne sont que quelques idées en l’air, quelques aquarelles sur le papier.
Françoise a jeté sa ligne, simple trait de plume et de pinceau, dans « la mer des histoires » (comme dirait Salman Rushdie dans son magnifique livre Haroun ou la mer des histoires).

Il ne reste plus qu’à attendre. Pour voir si la pêche sera bonne.

P.F.

3° épisode : le long sommeil

Les idées peuvent dormir, longtemps. Les idées doivent dormir... il faut les laisser reposer. Se reposer. Pas d’autre moyen pour avoir un peu de recul, pour savoir si elles peuvent tenir la route. Une route qui est si longue quand il s’agit de faire naître un livre.

Chez nous, dans notre refuge de montagne, dans le petit monde d’en haut où nous avons jeté notre ancre et nos encres...

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... les idées ont un endroit pour dormir, bien au chaud, en attendant des jours meilleurs. Françoise les range dans un coin de son atelier :

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Je les entasse pour ma part au fond d’une bibliothèque vitrée :

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Certaines idées peuvent ne jamais revoir le jour. Il en est d’autres qui, après un période plus ou moins longue de purgatoire, refont surface, et s’imposent alors de façon impérieuse à l’illustratrice ou à l’auteur.

 

Chonchon va passer de long mois au placard. D’aucuns trouveront que c’est cruel de mettre ses enfants au placard, mais les enfants de papier ne se « froissent » pas pour autant. Ils attendent tranquillement leur heure.

 

P.F.

4° épisode : tissage d’histoires


Pendant que les croquis de Chonchon dorment tranquillement dans l’atelier de Françoise, nous ne chômons pas de notre côté : une autre histoire voit enfin le jour, celle de Princesse Laque , un album publié aux éditions Syros.
Ce texte est né d’un voyage que nous avons fait tous deux en Birmanie. Dans ce pays aux paysages si paisibles et merveilleux, dans ce pays où les hommes et les femmes ont une élégance et une gentillesse absolue, règnent pourtant une junte militaire composée de tyrans paranoïaques et sanguinaires qui piétinent chaque jour les droits de l’homme les plus élémentaires. L’album a été co-édité par Amnesty International, et l’accueil et les commentaires reçus de nos jeunes lecteurs nous ont convaincus qu’il était important de mettre entre leurs mains des livres leur permettant de s’interroger sur le monde qui les entoure : un monde étrange dans lequel la plus extrême des douceurs et la plus cruelle des brutalités peuvent cohabiter.
Françoise a utilisé pour cet album une technique qui ne lui était pas habituelle : de toutes petites touches d’aquarelle s’opposent au noir tranché de ses papiers collés, ce qui traduit ainsi ce contraste violent de la Birmanie.

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Mais, c’est une autre histoire qui est venu mêler ses fils à celui qu’a commencé à tirer Françoise de sa pelote « souvenirs d’enfance » : une histoire qui est venue nous percuter en plein cœur : celle de Marjan, le lion aveugle du zoo de Kaboul qui vient de mourir ce jour de janvier 2002. Un histoire qui vous fait tout à la fois désespérer et espérer du genre humain. Marjan est un beau lion offert au zoo de Kaboul par l’Allemagne. Dans les années 90, une guerre, une de plus, embrase l’Afghanistan. Le zoo n’est pas épargné. Marjan reçoit deux grenades qui le rendent à demi aveugle et ravagent sa gueule en ne lui laissant presque plus une dent. C’est la vengeance d’un taliban dont le frère est entré par bravade dans l’enclos des lions et que Marjan a blessé mortellement.
Marjan victime de la folie des hommes, mais Marjan qui n’aurait eu aucune chance de survivre sans... la bonté des hommes. Son gardien qui se dévoua corps et âme pour le nourrir, le soigner, même sous les bombardements US, et lui faire traverser ainsi les années de guerre.
Marjan était devenu en Afghanistan un symbole et quelqu’un à écrit à son sujet: Marjan nous a montré que nous devons apprendre que nos actions n’affectent pas seulement les hommes, mais aussi tous les êtres vivants, les animaux avec lesquels nous partageons notre Mère la Terre.

Pourquoi ressentons-nous si vivement un étrange sentiment de parenté entre l’histoire d’une fillette délaissée qui rêve de s’accrocher au cou d’une immense mère chat, et ce lion blessé qu’un vieux gardien de zoo entoure de ses attentions et de ses soins ?

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Est-ce seulement la parenté de ces deux images qui nous fait éprouver cela ? Ou bien faudra-t-il chercher plus profond en nous ce qui fait lien?

5° Episode: télescopages

 

2004. Invitation au Liban. Loin de Beyrouth et des ronds de jambes diplomatiques, c’est la plaine de la Bekaa, Baalbek. Peu avant d’y arriver, le taxi où je voyageais seul a été arrêté par des types sans uniformes, le flingue glissé dans la ceinture. Des Syriens, le chauffeur fait descendre la vitre de mon côté : les barbouzes m’examinent sans un mot. Un signe, enfin, on peut rouler. Je crois que le chauffeur respire un peu mieux même s’il ne dit rien.

Plus loin, c’est la vallée de l’Oronte et la chaleureuse rencontre que de jeunes lecteurs m’offrent à Hermel. Qu’existe ici la bibliothèque qu’ils fréquentent tient du miracle.

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En retournant à Beyrouth, mon regard s’arrête sur les maisons mortes, celles que la guerre civile a laissé çà et là. Carcasses qui blanchissent au soleil. Je me souviens alors de ce que m’a dit un des jeunes élèves rencontrés la veille :

« Monsieur, ce qui nous manque au Liban, c’est mille Ghandi. »

Et j’écris ces mots sur mon carnet : Les maisons meurent elles aussi

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Plus tard, d’autres rencontres, des fillettes voilées, une école qu’on me dit être du Hezbollah. Fillettes, jeunes filles voilées, bon gré, mal gré. Qu’importe. Pas un de vos pères, pas un de vos frères, n’a donc songé à vous dire qu’il est des pays où chaque matin des fillettes de votre âge mettent des fleurs dans leurs cheveux... Là-bas, Chonchon, aurait-elle un autre  choix que celui-ci...

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Retour en France, je raconte tout ça à Françoise. Puis j’oublie, un peu, pas tout à fait, pas du tout.

2006. Alors, quand Israël bombarde le sud Liban, quand c’est le Hezb qui « roquette » Israël, les souvenirs me percutent de plein fouet. Les images venues de la ville de Cana obsèdent Françoise aussi, trouvent un écho dans ses croquis. Elle a vu dans un reportage un chat qui courait entre les ruines, comme le faisaient les enfants épouvantés. Le même sort que les hommes réservent aux plus faibles

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6° Petites filles d'ici et d'ailleurs

 

 

C’est avec ce tissage de nos propres souvenirs et de ce que nous voyons du monde, du télescopage des histoires que nous portons en dedans et de celle qui nous viennent du dehors, que sont faits nos livres.

Françoise creuse son idée première: l’absence inexpliquée d’une mère, et une petite fille qui en cherche une de substitution. Sa Chonchon se transforme... elle devient Choucha et ressemble maintenant à tant de petites filles que nous avons croisées sur les chemins de nos voyages en Inde et en Asie.

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L'environnement que Françoise lui imagine n'est plus le même : dans ses croquis préparatoires apparaît pour la première fois un décor de ruines.

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7° épisode : le choix des arts

Pour concrétiser plus avant son idée de départ, Françoise a besoin maintenant de deux choses, commencer à s’appuyer sur une trame, une ébauche de scénario. Je m’y colle : un bout de phrase trotte dans ma tête...

J’ai dormi, longtemps.

Lorsque je me suis réveillée, ma maison était morte.

Il faut ensuite tirer le fil que constituent ces premiers mots... et laisser venir.

La seconde nécessité à laquelle Françoise est confrontée, c’est de déterminer quelle technique employer. Nous avons toujours pensé tous deux qu’un album est un objet unique, un prototype, en quelque sorte. Beaucoup d’illustrateur (trice)s creusent toujours le même sillon sans varier d’un iota : qu’on se souvienne de jeunes filles « pastellisées » avec longs manteaux et grands chapeaux...

Nous considérons pour notre part que chaque histoire impose une forme à l’image (comme au texte d’ailleurs : roman, album, théâtre, poème etc.) C’est vrai, ce n’est pas la meilleure façon d’être rapidement identifié sur les tables surchargées des librairies. Le marketing n’est pas notre fort ! Mais le style, c’est autre chose que la répétition d’une trouvaille ! Il faut aller voir du côté de l’illustratrice Elzbiéta, par exemple, pour comprendre ce a quoi ressemble un style, une patte véritable.

Quelle technique employer pour notre nouveau projet, notre nouveau prototype ? Dans ces précédents ouvrages, Françoise a utilisé différentes techniques : les papiers découpés pour Maman me fait un toit.

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L’aquarelle appliquée par nuées de petites touches (un travail d’orfèvre !) pour Princesse Laque.

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La gravure et la sérigraphie pour L’Amour Hérisson, un texte de Thierry Lenain.

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Ou encore pastels et aquarelles pour son Carnet de voyage en Queyras:

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Alors, quel choix pour Ammi ? J'attends avec impatience de voir une première planche. Et Françoise attend avec impatience... de me lire.

8° épisode : mise aux point(s)

Des essais donc, pour voir. Françoise réalise une planche avec la technique employée pour Princesse Laque uniquement pour le décor, et un traitement plus classique pour le personnage de Choucha.

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De mon côté, j’ai tous les éléments pour commencer un texte : une petite fille, seule, absence de la mère, une chatte, un rêve d’adoption, des ruines. Mais une question me taraude, comment Choucha appelle-t-elle sa mère ? Dans quelle lanque ? Serbe : mama ; albanais : mëmë ; persan : mâmân ; kurde : daye ; turc : anne ; ossète : nana ; arménien : mam ; arabe : yemma ; hébreu : ima ; afar : yaya ; tamoul : ammaa ; tibétain : ama ; birman : mémé, amei ; guarani : mama, mamita ; wolof : yaay ; peul : yay ; bambara : ma ; khmer : ?

On hésite, devant les dessins, tout autant que devant les mots... on n’avance pas beaucoup... L’un comme l’autre!

8° épisode : OUM

C’est Oum que j’ai choisi, provisoirement. Oum, c’est mère en arabe. J’aurais pu choisir Yemma, maman, mais c’est ainsi que j’entends la petite fille dessinée par Françoise appeler sa mère : Oum, Oum ; Oum ! dans une ville que j'imagine être celle du Sud Liban. Il ne faut pas me demander pourquoi ce choix de Oum. Je ne sais pas. Je crois que j’écris à l’oreille, et c’est Oum que j’entends résonner.

Et mon texte commence ainsi :

J’ai dormi, longtemps.

Lorsque je me suis réveillée, ma maison était morte.

 

Les maisons meurent, Oum me l’a dit :

« Quand elles sont trop vieilles, quand les gens les abandonnent : elles se changent en simples tas de pierres. Elles ont honte de ne plus servir à rien ».

Pas la mienne, non, elle venait de naître.

Mon père avait à peine fini d’y mettre un toit.

Une chose nous paraît alors évidente, la petite fille qui appelle dans ma tête n’a pas le même âge que celle des planches. Françoise décide alors de faire grandir son personnage, et par la même occasion de changer radicalement de technique : ce sera le pastel gras sur un papier sombre, avec un très gros grain. Et sa Choucha prend alors ces traits-là :

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9° épisode: jaune et bleu

Françoise s'est saisi d'un des passages du texte que je lui ai proposé. Il y  est question d'un ballon (avec lequel jouent des petits chats) et de deux couleurs.

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Quelques croquis ensuite pour élaborer la séquence d'images relative au texte:

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Une séquence qui, traitée aux pastels, devient ainsi:
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10° épisode: petite cuisine interne

La première mouture du texte est terminée. Ce qui permet à Françoise de réaliser un premier chemin de fer avec toutes les séquences images de l’album. Pour ce projet, nous avons toujours pensé que l’image doit raconter l’histoire, et que le texte doit dire autre chose que la description des personnages, leurs faits et geste, les actions du récit, le décor des lieux, etc. Une inversion du schéma habituellement établi, il permet au texte d’être « l’illustration » poétique de l’image.

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Pour le moment, parmi tous les choix que nous devons faire, un seul paraît l’emporter : celui d’un format carré pour l’album, comme celui que nous avons utilisé pour Maman me fait un toit. L’avantage est que l’on sait que chaque planche originale va forcément s’adapter (en l’agrandissant ou en la diminuant) à la dimension choisie pour la page du livre (en fonction de la parution dans une collection éventuelle chez un éditeur, mais aussi du papier choisi pour l’impression). Avec un format rectangulaire, c’est moins facile à cause du rapport invariable entre hauteur et largeur (homothétie: cliquer ici pour les matheux)

 

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Seules les images se succèdent pour l’instant de façon chronologique à ce stade du travail. Il nous reste à décider de l’articulation et de la place du texte pour pouvoir réaliser un chemin de fer vraiment complet. Les deux principales options sont : le texte est « posé »sur une page séparée en vis-à-vis de l’image, soit le texte est intégré à l’image comment un élément graphique faisant entièrement partie de celle-ci.

 

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Format, articulation texte/image : questions difficiles à résoudre d’autant qu’ils relèvent également du choix éditorial. Si l’on prend telle ou telle décision, est-ce qu’elle conviendra à tel ou tel éditeur auquel on pourra soumettre le projet ? Probablement pas ! Pire, même, est-ce que nos choix ne vont pas trop peser sur la perception du projet qu’il en aura et amener une réponse négative qui ne tiendra pas compte de l’adaptabilité de notre proposition ?

 

Affres, tourment et expectatives ! Et si l’on se décidait à présenter notre projet maintenant dans sa forme inachevée, alors que le travail n’est encore qu’en devenir ? Françoise Mateu, qui dirigeait les éditions Syros, nous avait un petit peu reproché de lui avoir présenter des projets d’album déjà entièrement ficelés avec Princesse Laque, et Maman me fait un toit (qu’elle avait quand même publiés)

Peut-être est-ce l’occasion d’expérimenter un nouveau type d’approche avec un éditeur pour cet album ? Affaire à suivre, donc...

12° épisode: comme une bouteille à la mer...

Françoise a travaillé sur la séquence où la petite fille rêve qu’elle a été adoptée par la mère-chat.

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C’est décidé : nous tirons trois enveloppes à bulles du tiroir afin d’envoyer à trois maisons d’édition le texte de ce qui s’appelle pour l’instant OUM accompagné de tirages sur imprimante couleurs de quelques planches préparatoires (pastels) qu'a fraîchement terminées Françoise.

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Nous avons choisi de présenter notre travail en cours de réalisation à trois éditeurs. Chez le premier, nous avons déjà publié deux albums mais la directrice éditoriale avec qui nous avons travaillé est partie vers d’autres cieux (Le Seuil Jeunesse). Nous ignorons si notre travail va plaire ou non à la personne qui est venue la remplacer, nous l’avons rencontrée par le passé dans une autre maison d’édition jeunesse, mais aucune de nos propositions n’a jamais abouti auprès d’elle. C’est pourquoi, j’ai décidé de présenter notre travail à deux autres éditeurs chez qui j’ai été publié (contes et romans) mais pas Françoise. Nous verrons bien.

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J’ai eu le plaisir de voir mon premier roman jeunesse (Le secret du maître luthier, en Livre de Poche Jeunesse) et mon premier roman littérature générale (On ne meurt pas, on est tué, chez Denoël), après avoir envoyé simplement le manuscrit par la poste, à des gens que je ne connaissais pas, sans la moindre recommandation d’un tel ou d’un tel.

Cela devrait rassurer ceux qui s’essaient à être publiés : on lit encore les manuscrits chez certains éditeurs, c'est vrai pas tous. Mais c’est complètement idiot d’en envoyer comme certains des dizaines un peu partout au petit bonheur... ça ne multiplie nullement les chances. Au contraire, cela démontre que vous ignorez totalement ou que vous n’êtes pas capable de distinguer (c’est pire encore) la ligne éditoriale d’une maison.

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À lancer un message sur le grand océan du marché du livre, autant ne choisir ques les maisons d’édition qu’on aimerait voir vous choisir, non?

13° épisode: attente

Attendre, attendre...

Des jours, des semaines...

C’est un curieux mode de fonctionnement qui est en usage (de façon assez largement répandue) dans le monde de l’édition : auteurs et/ou illustrateurs travaillent parfois des mois sur un projet avant de le soumettre à un ou des éditeurs. Et ensuite ils attendent. À chaque nouveau projet, ou manuscrit, ou presque, c’est la même chose. Imagine-t-on cela dans un autre secteur ? Chez les inventeurs, peut-être, mais pas ailleurs je crois.

Au final, à l’exception d’un travail de commande pour une maison - par exemple quand Albin Michel Jeunesse m’a demande un titre pour la collection Le Furet, Petits contes de sagesse ou encore pour Sagesses et Malices - la plupart des auteurs se retrouvent dans la même situation qu’un demandeur d’emploi qui envoie une lettre de candidature spontanée à d’éventuels employeurs...


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... avec à peu près les mêmes chances d’obtenir une réponse favorable, voire une simple réponse de courtoisie annonçant un refus. Il semble d’ailleurs que la règle soit devenue : on répond si ça nous intéresse... à vous de comprendre que pas de réponse vaut pour un non (avec parfois 1000 à 2000 manuscrits reçus par mois, c’est vrai ça peut se comprendre).

 

Attendre, donc. Y compris une réponse de l’éditeur chez qui nous avons publié nos deux albums précédents, une réponse sans cesse remise à plus tard, parce que beaucoup de travail, pas encore le temps, faut qu’on s’y mette, c’est promis on s’en occupe.... Une réponse qui ne viendra jamais... pas même deux ans plus tard !

Heureusement, d’autres maisons ont davantage d’élégance et un peu plus de considération envers leurs auteurs :

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Une réponse qui a le mérite d’être claire et tranchée...